10/11/2011

Demain, tous "smicars"?

Le 27 novembre prochain, le peuple genevois sera appelé à se prononcer sur l'IN 142 instaurant le principe d'un salaire minimum à Genève, voici pourquoi cette IN 142 est une fausse bonne idée.


Salaire-minimum.jpg

De prime abord, l'idée d'un salaire minimum semble être une idée généreuse, mais elle implique quelques effets pervers (liste non exhaustive) que je souhaitais partager dans ce billet :

Sur l’IN
Visiblement, les initiants n'ont aucune idée, ni même une once de proposition, quant à l’autorité qui devrait fixer le salaire minimum, qu’ils ont évalué à Sfr. 4'000. - par mois x 13. Cette évaluation, ne tient visiblement pas du tout compte de la réalité et de la spécificité cantonale. Cette IN relève plus d'une démarche politique de l'extrême gauche en perdition que d'une action pragmatique, démarche qui ne trouve aucun ancrage dans le contexte économique et social genevois.

Sur le risque de dynamiter le partenariat social
Le mécanisme qui doit prévaloir tant au plan cantonal que national est le partenariat social et la négociation salariale via les Conventions Collectives de Travail (CCT). Cette IN présente l’effet pervers de dynamiter le partenariat social, qui devrait être une préoccupation syndicale majeure, puisque si une telle disposition devait être votée, les employeurs pourraient avoir tout loisir de se limiter au versement du salaire minimum et de maintenir un maximum de travailleuses et travailleurs au seul niveau du salaire minimum. Au début des années 80, 1 personne sur 10 était au bénéfice du SMIC en France. Cette proportion est de 1 personne sur 6 actuellement. Ce n’est pas là l’avenir que nous pourrions souhaiter aux travailleuses et aux travailleurs de notre canton.

Sur l’effet sur l’emploi et les entreprises
Il a été démontré qu’un tel dispositif avait un impact négatif sur l’emploi et sur les entreprises. En effet, que se passera-t-il si une entreprise ne sera pas en mesure de « servir » le salaire minimum ? Et bien, elle diminuera la voilure ou elle renoncera à embaucher. Il y a là un risque de non-création d’emplois, voire même de destruction de ces derniers, mais aussi un effet fort dommageable sur le tissu économique genevois et sur la création d’entreprises. Ainsi, le Prix Nobel d'économie Gary Becker a-t-il écrit qu' « augmenter le salaire minimum, c'est augmenter le chômage ». Il ajoute que les travailleurs peu qualifiés seront les premières victimes de ces hausses du salaire minimum : « un salaire minimum plus élevé réduira encore les occasions d'emploi des travailleurs peu qualifiés » (Article de Business Week (1995)). D’autre part et selon Guillaume Vuillemey, chercheur à l'Institut Economique Molinari, en France «En imposant un salaire minimum, le législateur ferme l'accès à l'emploi à tous les travailleurs dont la valeur de la production est inférieure à celle  du salaire minimum, charges sociales incluses.».

Sur la détermination du montant du salaire minimum
A lire et à entendre les initiants, l'on ne peut que constater, leur incapacité à déterminer tant le montant du salaire minimum sur des bases solides et palpables mais aussi à déterminer quelle autorité serait chargée de le fixer et de le réévaluer. Ce flou pourrait inscrire durablement le « fait du Roi », crainte exprimée dans les milieux syndicaux également, qui verrait ainsi, et selon les majorités politiques en place, un outil de politique électoraliste et politicienne.

Sur l’inflation
Le salaire est un élément important, d'une part des revenus des consommateurs, et d'autre part des coûts de production des entreprises. À ce titre, le salaire minimum a un impact sur l'inflation; lorsqu'il augmente en favorisant une inflation par les coûts (si les gains de productivité des salariés rémunérés au salaire minimum sont inférieurs à ladite augmentation) ou en favorisant une inflation par la demande (si les capacités de production sont insuffisamment élastiques par rapport à l'accroissement de la demande générée par la hausse du salaire minimum).

En conclusion, si le salaire minimum semble être une bonne idée, il a tant d'effets pervers sur la stabilité économique et sociale, qu'il y a lieu de le rejetter.

 

Quelques liens sur le même sujet :
http://www.lemanbleu.ch/vod/geneve-a-chaud-02112011
http://www.tdg.ch/actu/federales-2011/patrons-insurgent-contre-salaire-minimum-2011-11-01
http://radiocite.ch/radio-cite-soir.html
http://www.onefm.ch/portail/#/Actualite/Article/salaire-m...
http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/IN00142D.pdf

 

04:55 Publié dans Politique | Tags : salaire, minimum, smic, votation, novembre, geneve, in142 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Tout à fait d'accord avec vous.

Le salaire minimum est un tue l'emploi.

C'est une mesure typique du suicidisme de Gauche qui vise à créer à volonté du YAKA FAUCON.

A 4'000 francs par mois le travailleur suisse revient à 4'000 / (22*8) = 22.70 francs de l'heure ou $ 25.83 de l'heure. en comptant 22 jours travaillés en moyenne par mois à 8 heure par jour et un taux de change de 1.136.

Ca se compare à $ 1 de salaire minimum horaire à Shanghai ou $ 10 de l'heure en France et Italie.

Pour les fonctionnaires jouissant du droit ignoble de la garantie de l'emploi c'est tout bénéfice, mais pour les salariés de la vraie économie soumis à la concurrence internationale c'est le job qui passe à la trappe.

Avec les bilatérales et ce salire minimum on va encore plus attirer les 500 millions de crêves la faim européens.

On se retrouvera à la Migros avec un caissier grec ayant un doctorat en physique quantique et qui parle 5 langues ravit de toucher 4 fois son salaire hellénique.

Et les exemples du style seront légion.

Les succès des économies dirigées bolcheviques on a vu ou ça a ammener les représentantes des anciennes républiques soviétiques. Au Velvet ou au Pussy Cat...

Écrit par : Anonyme | 04/11/2011

très bon blog, bravo

Écrit par : stephane barthassat | 04/11/2011

on aimerait des documents 'concrets', genre études scientifiques prouvées avec des chiffres durs, pas simplement des on-dit... les études frçaises officielles sur le smic semblent d'ailleurs bien le dire, ce n'est pas le salaire minimum qui influe le plus, mais les stratégies entreprenariales d'optimisation des gains...

Écrit par : mitch | 10/11/2011

Mais si on connait les effets pervers du salaire minimum, ne peut-on pas trouver des solutions à ceux-là et les insérer dans l'initiative? Par ex. engager à un salaire normal, avec la garantie qu'il ne descendra jamais au-dessous du minimal? Dans la restauration, le salaire moyen est de F 4000 selon la source: http://www.google.ch/url?sa=t&rct=j&q=salaire%20suisse&source=web&cd=2&sqi=2&ved=0CDQQFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.travailler-en-suisse.ch%2Festimer-son-salaire-en-suisse.html&ei=K8a7TumyKsfFtAaAhIUy&usg=AFQjCNGUqoTgSSnMhpGyv29cyIzxZ5j_AQ)

Écrit par : NIN.À.MAH | 10/11/2011

Il ne faut pas oublier que les positions de l'auteur de blog se basent probablement sur des études de sciences économiques qui ont autant de rigueurs scientifiques et de pouvoir de prédictabilité que ceux d'Elisabeth Tessier.

Écrit par : djinus | 10/11/2011

"Pour les fonctionnaires jouissant du droit ignoble de la garantie de l'emploi c'est tout bénéfice, mais pour les salariés de la vraie économie soumis à la concurrence internationale c'est le job qui passe à la trappe."

Cette époque est révolue...voilà une fausse idée.

"On se retrouvera à la Migros avec un caissier grec ayant un doctorat en physique quantique et qui parle 5 langues ravit de toucher 4 fois son salaire hellénique"

Ce que vous mettez en avant est déjà le cas en France. Des BAC +8 qui font le même travail. Le libéralisme veut les meilleurs. Et les meilleurs c'est pas tout le monde.

"Les succès des économies dirigées bolcheviques on a vu ou ça a ammener les représentantes des anciennes républiques soviétiques. Au Velvet ou au Pussy Cat..."

Tout à fait juste! Mais il y aussi chez nous que c'est pareil. Les comptes sont truqué quasiment partout...jusque dans les sociétés (voir Olympus) et que dire de L'UE ou Monsieur Manuel Baroso, ancien MAOISTE, est à la tête de la commission Européenne. Sachez que les bolchéviques sont toujours là mais que personne ne les voit...

Oui le salaire minimum pourrait nous mener à cette belle analyse. La stagnation des salaires malheureusement. La critique est juste mais facile à la fois car ni vous ni la gauche propose des mesures concrètes. En attendant à Genève les problèmes sont .

-les loyers trop chers
-manques de logements ce qui permet justement d'avoir des loyers très chers (2 pce à Malagnou à 10'500.-/m par exemple)
-des professions ou ce que l'on gagne ne permet plus de vivre
-le chomâge

La conséquence c'est que les recettes fiscales de Genève sont pas génials puisqu'une grosse proportion de la population est au poursuite et que les sociétés bénéficie de forfait fiscaux bien avantageux.

Comme je dis à vos collègues de gauche à part critiquer c'est quand que vous faites quelque chose ? Dans tout les cas les derniers résultats des élections ont démontré que votre parti n'apportait pas la solution.

Écrit par : plume noire | 10/11/2011

Rien que pour vous contredire parce que vous avez un ton péremptoire, je vous dirais "Non, faux, nul, zéro !!". Et aussi surtout parce que vous prenez le problème à l'envers: désolé de vous le dire, mais si tout le monde était smicards demain, tout irait bien. Car cela voudrait dire aucune hyper-fortune pour accaparer tous les profits et vivre aux crochets du peuple comme des parasites.

Écrit par : Georges-André Bitoniaux | 11/11/2011

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